ASSOCIATION BENJAMIN FONDANE

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Le dialogue Fondane-Bachelard en Italie

11/2/20

 
Nous devons à Luca Orlandini une nouvelle vague de traductions de Fondane en italien, cette fois consacrée aux textes de Fondane sur les oeuvres de Gaston Bachelard.  On nous annonce que d'autres suivront bientôt.
Un remarquable article de Davide Brullo (
cliquer sur ce lien pour accéder à la version en italien) introduit cette traduction de Luca Orlandini : "'
La poesia è sovversiva per eccellenza. Lautréamont e la volontà di aggressione”. Benjamin Fondane sfida Gaston Bachelard" (La poésie est subversive par excellence. Lautréamont et la volonté d'agression. Benjamin Fondane défie Gaston Bachelard.) publié dans la revue culturelle et littéraire en ligne Pangea vient justement de saluer cette entreprise qui ne fait que commencer par un essai vigoureux sur le travail opiniâtre de Luca Orlandini et sur l'esprit offensif, vivant et incarné du style fondanien. Ce texte porte sur le texte que Fondane écrivit sur l'ouvrage de Bachelard sur Lautréamont: "A propos du Lautréamont de Gaston Bachelard": Cahiers du Sud, 1940, XIX, pp. 527-53. Republié dans :
B. Fondane, « Le Lundi existentiel», Editions du Rocher, 1990, Monaco, pp. 157-168.)

Nous en publions ici la traduction en français. Félicitons Luca Orlandini pour cette initiative qui contribuera certainement à faire connaître la vigueur et l'actualité des oeuvres fondaniennes au pays de Dante et de Leopardi.



"La poésie est subversive par excellence".
Lautréamont et la volonté d'agression.
Benjamin Fondane défie Gaston Bachelard.


"Benjamin Fondane, le penseur imprenable et imprévisible, est comparable à un jaguar. Derrière sa prose éblouissante, parfois involutive et stratégique, je sens l'animal. Fondane fonde le geste critique sur la description de l'adversaire, non sans négliger l’éloge. Autrement dit, son point de départ est la gratitude - non la reconnaissance. Il évalue la musculature de sa proie et son élégance. Ensuite, il se glisse vers son adversaire. Comme le jaguar, Fondane commence son compte-rendu en suivant un rythme lent, louant la forêt philosophique; mais quand il passe à l’attaque, il est sans concessions et devient admirable. Tout est dit dans cette phrase sensationnelle et nue : « La poésie est subversive par excellence - et nous ne voyons pas ce qu'elle pourrait renverser, sinon, précisément, les ‘valeurs intellectuelles’ ». Là, Fondane, avec une morsure quasiment chirurgicale, marque l'abîme entre poésie et philosophie, entre la vie philosophique que l’homme occidental a choisie au lieu de vivre poétiquement sa vie, au cœur du risque. Il préfère, plutôt qu'adorer l'éthique de l’herbe, la vigueur du sol. Mais tuer un dieu avec raison, ce n'est pas le dévorer avec un chant. En particulier, en 1940, dans les Cahiers du Sud – la revue fondé par Jean Ballard, dans lequel, entre autres, René Guenon, Antonin Artaud, Albert Camus, Henri Michaux écrivaient - Fondane lit et dissèque le Lautréamont de Gaston Bachelard (traduit en italien en 2009 et édité par Jaca Book, par Filippo Fimiani). Il le fait, tout d'abord avec un détachement aristocratique, avec de l’estime pour un philosophe sur lequel il a souvent écrit – donc  digne d’une posture de confrontation - puis de façon plus offensive.
Concernant Lautréamont, dont les 140 ans se sont écoulés depuis sa mort cette année, Fondane avait déjà tout dit dans Rimbaud le voyou, plusieurs années auparavant (l’ouvrage de 1933 a été édité en 2014 par Castelvecchi sous le titre Rimbaud la canaglia et traduit par Gian Luca Spadoni) :  « Lautréamont parle pour le lecteur, déclame; on y sent sourdre à tout instant le ton de la prédication, l'enflure romantique et romanesque, le genre maudit, l’assurance de l'homme qui enseigne ce qu'il sait bien ne pas savoir et qui s’attribue une mission parmi les hommes, […] Il n'échappe pas à la volonté, terriblement tendu, pour paraître extraordinaire ... Que cette dynamite n'éclate pas, quelle ne quitte pas le plan de l’écriture, nous aurions mauvaise grâce d’en faire grief à Lautréamont; mais c'est l’hiatus qui sépare son expérience de celle de Rimbaud qui rend l'aventure de ce dernier absolument unique ». En faisant un « compte-rendu » - c'est-à-dire une morsure – du Lautréamont de Bachelard, il s’irrite quand le poète, qui reste une blessure, un absolu, un gouffre, est simplifié pour devenir un simple emblème, une image sacrée, une figure métaphysique. Rappelons que Fondane venait alors d’écrire le Faux Traité d'esthétique (pour Denoël, c'est 1938). Un livre d'extase, un traité de rébellion poétique. Sorti en 2014 pour Mucchi sous le titre Falso Trattato di estetica. [Faux Traité d’esthétique - Essai sur la crise de la réalité] (édité par Luca Orlandini), il sera de nouveau en circulation, traduit et édité par lui pour Aragno, dans quelques mois. Ce sera un petit événement indispensable, un feu sur la paume de notre main, capable de mettre le feu aux poudres.
 
Davide Brullo


 

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